Présentation.

Présentation.
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On rencontre souvent ce genre de questions : « Tu me dirais quoi si je devais mourir demain ? ». Dans le même style, on trouve aussi : « Tu ferais quoi si je devais mourir dans 24 heures? ».
Ces questions, on les regarde d'un air absent, on les laisse s'envoler sans y répondre, on ne s'y interesse tout simplement pas. Dans un jour de bonté, on écrit un commentaire comme "Je t'aime, je t'adore, je resterais avec toi". On rajoute quelques coeurs, quelques surnoms affectueux, un "bisou" pour conclure. Mais en vérité, cela ne nous atteint pas. De toute façon la mort c'est bon pour les autres...

Mia, Théo et Adrian.

Eux aussi le croyaient.

"Cueillez dès à présent les roses de la vie
Car le temps jamais ne suspend son vol
Et cette fleur qui aujourd'hui s'épanouit
Demain sera flêtrie."


Fic' by Vi' et Zuki.

PIX --> Le cri de Munch.

# Posté le lundi 28 mai 2007 06:33

Modifié le mercredi 30 mai 2007 15:54

(1) Mia by Vi'!

(1) Mia by Vi'!
« Labeur, pour la jeunesse, assaisonne à souhait tous les mets »
[Publius Syrus]



- Bouh !
- Aaaaah !
- Je t'ai eu !
- Même pas vrai ! T'as triché !
- Aïe ! Tu m'as fait mal ! Papaaa, Mia elle m'a tiré les cheveux !
- C'est Nina qu'a commencé !
- Mia, arrête un peu. Tu vas fatiguer ta s½ur.
- Laisse-les, Richard, laisse-les jouer encore un peu...

Bruits de pas. Eclats de rire. Extériorisation bruyante d'une joie insouciante.

- Mia ! Mia ! Hey, tu dors ou quoi ?
Je sursaute et je me fais assaillir par le vacarme ambiant. Tous mes sens sont de nouveau pleinement sollicités avec le bruit constant, les odeurs épicées et l'atmosphère étouffante du restaurant, tandis que je reprends contact avec la réalité. David me fait face, mains sur les hanches, un air faussement sévère sur le visage.
- Toujours en train de rêvasser, toi ! Remets toi au travail ! Et plus vite que ça !
Je lui lance un sourire charmeur pour me faire pardonner, et aussitôt les traits bourrus du géant roux s'adoucissent.
- Oui chef ! A vos ordres chef ! , dis-je en saluant militairement.
Il lève les yeux au ciel mais ne peut pas masquer entièrement son sourire.
- Cette fille me rendra dingue..., marmonne-t-il en tournant les talons.
Je le regarde partir avec malice. J'ai encore gagné. Mais je reprends vite mon sérieux et avec un soupir je m'empare des plats commandés et je les apporte à la table 9. Comme toujours, mon arrivée en salle ne passe pas inaperçue. Les adolescents boutonneux rougissent de leurs phantasmes prépubères alors que les plus âgés, pourtant pratiquement grabataires, me reluquent avec des regards lubriques, profitant de ma présence pour retrouver leur libido depuis longtemps perdue avec leur mégères de femmes, tout ça sous le regard assassins des épouses et des mères. En l'espace de quelques secondes j'ai déjà réussie à retourner contre moi la totalité de la gent féminine ici présente. Et après on me reproche de ne pas avoir d'amies...Je les sers sans états d'âme, regardant de haut ces familles qui n'en sont pas, uniquement réunies par l'union de leurs ADN respectifs. Oui, je les méprise. Parce que naïvement, ils osent encore croire à l'amour. Pathétiques. Tous autant qu'ils sont.
Une main s'attarde sur mon derrière, et je ne me retourne même pas, peu désireuse de savoir à qui elle appartient. A quoi bon chercher des histoires ? Ca ne fera que perdre de la précieuse clientèle à David... Alors je ramasse à la petite cuillère le peu de dignité qui me reste, je retourne aux cuisines, et je recommence le manège. Encore et toujours.

Je m'appelle Mia Santori ; 21 ans ; serveuse à « La Bonne Etoile », petit restaurant au centre de Paris comme il y en a tant, constamment rempli par des clients insupportables, avec de la nourriture ordinaire, jamais franchement mauvaise mais loin d'être bonne. Serveuse comme partout, fille ordinaire parmi d'autres, destin modeste au milieu de la foule.

PIX --> Edgar Degas I'm Kaffeehaus

# Posté le vendredi 01 juin 2007 17:57

Modifié le samedi 02 juin 2007 05:29

(2) Théo by Zuki!

(2) Théo by Zuki!
"L'amitié est la similitude des âmes."
[Alcuin]


Le téléphone retentit, sonnant aux tréfonds de mon âme telle une rhapsodie funèbre. Cinquantième appel aujourd'hui. Au bas mot. Je jette furtivement un regard à ma montre. Dix-sept trente. Plus qu'une demi-heure avant la Libération. Je réponds, priant pour ne pas me retrouver avec comme cliente une vieille peau qui depuis des années cache son précieux pécule sous son oreiller et qui ignorait le sens du mot banque même avant que ses petits-enfants ne la fassent se rendre à l'évidence. J'ai de la chance. Il s'agit juste de mon patron m'annonçant la venue providentielle d'un nouveau directeur des ressources humaines. Super. Le plus beau jour de ma vie, sans aucun doute.

Mais, à travers les tristes rideaux de mon bureau, une apparition enchanteresse vient éclairer cette triste journée. Proie en vue. Vingt ans. Cheveux blonds dans le vent. Sourire ultra-bright. Jupe très courte et haut très décolleté. Parfait. Je quitte mon siège, conquérant et me dirige vers elle. Tant pis, je ferais des heures sup' un autre jour. A la façon dont elle se trémousse, je me rends vite compte qu'elle n'est pas insensible à mon charme ravageur. En espérant qu'elle ne se trémousse pas de gêne. Je l'invite à « boire un pot, comme ça se fait entre collègues, n'est-ce pas ? ».

A la terrasse d'un "adorable" café (enfin d'après elle), nous discutons. Une conversation fort peu passionnante, je le crains. Mais le regard débordant d'admiration candide avec lequel elle me fixe me distrait du reste. Une heure passe. Peut-être deux. Au moment où je me dis qu'enfin je peux conclure, un regard glissé par inadvertance sur ma montre me rappelle à l'ordre. Aujourd'hui on est mercredi. Et j'ai rendez-vous avec Mia. Et elle a la priorité, même sur une fille qui semble prête à lier sa vie entière à la mienne et à qui la mini-jupe est si seyante. Je prétexte une visite à "une vieille tante qui est si malade et si seule" ce qui me vaut un "Oh ! C'est si adorable" parfaitement banal et je cours vers Mia.

-Mais qu'est-ce que tu faisais ? Ca fait près d'une heure que je t'attends, m'hurle-t-elle, à mon arrivée, délicatement, sans aucune considération pour mes pauvres fragiles oreilles.
-Rien...
-Elle s'appelle comment ?
-Samantha.
-Oh! Quel nom délicieux!
, se moque-t-elle.

La conversation continue sur ce ton, bien plus passionnante je dois l'admettre que celle avec la jolie cruche Samantha.

Je m'appelle Théo Loti. J'ai vingt-cinq ans et boulot soporiphique. Je suis incapable de tomber amoureux. Mais je fais très bien semblant. Néanmoins ne me prenez pas pour un salaud. La fille avec qui je marche en ce moment à mes côtés, n'est pas ma copine, ma fiancée, ma meuf ou autres termes. Mia est mon amie. Ma seule, en vérité. Si je ne craignais pas de basculer dans un sentimentalisme bidon, je dirais que c'est ma meilleure amie. Même si c'est la fille la plus sombre que je connaisse, je sais que les moments passés avec elle sont précieux...Parce qu'elle m'accepte malgré mes nombreuses tares et qu'elle ne me juge pas...

PIX --> Olivier Debré Signe Paysage.

# Posté le samedi 02 juin 2007 03:28

Modifié le samedi 02 juin 2007 05:25

(3) Adrian by Zuki.

(3) Adrian by Zuki.
"On pleure mais on finit par sourire ; et tout en souriant on pleure. "
[George Gordon, Lord Byron]


La nuit étendait son sombre manteau sur l'immeuble, à la limite du miteux, où vivait Mia. Approchez-vous un peu et pénétrez dans un des appartements et vous verrez un homme d'une trentaine d'années, répondant au doux nom d'Adrian. Décrivons maintenant cet homme. Il était brun aux yeux noirs, beau, sans aucun doute, mais dont le charme résidait dans le visage dans lequel se trouvaient les plus parfaites contradictions : un air à la fois tourmenté et enfantin, un visage à la fois mûr et juvénile. Adrian, à ce moment, avait les yeux fermés et un sourire satisfait. Il venait d'aménager et était ravi de son appartement miteux. Mais sa somnolence fut troublée par un bruit étrange, qu'il jugea être des pleurs. Pour compléter le portrait de cet homme, on peut dire qu'il se mêlait de tout, particulièrement de ce qui ne le regardait pas. Ne vous étonnez donc pas qu'il parte d'un pas décidé vers la porte de l'appartement mitoyen. A l'intérieur se trouvait une jeune femme pleurant, de longs sanglots entrecoupés d'esthétiques hoquets. Une jeune femme dont la solitude était devenue l'amie et qui ne voulait, à ce moment, se séparer d'elle sous aucun prétexte. Une jeune femme aux yeux gris qui brillaient d'un éclat déchirant et aux longs cheveux noirs tombant en cascades rebelles sur ses épaules. Cette jeune femme, vous l'avez déjà rencontré : il s'agit de Mia.

Adrian appuya énergiquement sur la sonnette. Mia hésita à ouvrir. Trois heures du matin est une heure assez tardive...Elle finit par décider de ne pas y aller mais les coups répétés finirent par la faire changer d'avis. Elle ouvrit la porte. Adrian la dévisagea quelques secondes. Et commença son monologue.

-Mais dans quel monde sommes-nous ? Je suis votre nouveau voisin...Non contente de ne pas venir m'accueillir, vous me refusez l'entrée de votre demeure ! Ignoreriez-vous les règles de l'hospitalité, jeune fille ?


Mia, sentant une remarque acide lui venir aux lèvres, voulut répliquer mais Adrian l'en empêcha.

-Mais ne restez pas donc là à me regarder comme si j'étais un phénomène de foire... Laissez-moi entrer !

Machinalement elle s'effaça de la porte, lui laissant le passage libre. Ce dont il profita promptement. S'installant sans plus de façons sur son canapé, il continua :
-Je m'appelle Adrian et vous ?
-Mia.
-Oh, j'entends enfin le son mélodieux de votre voix. Cet immeuble est très agréable vous ne trouvez pas
, continua-t-il sur le ton de la conversation.
-Oui...
-Le gardien semble être un homme charmant !
-Hmmm...
-Votre appartement est très sympathique n'est-ce pas ?
-Oh, mais encore plus quand vous n'étiez pas là...
-Mais quelle jolie manière de me mettre dehors ! Je ne vous ferais pas plus longtemps l'affront de rester...Au revoir, Mia.


Et il partit, comme il était venu, aérien et surréaliste. Mais il était content. Il avait gagné. En effet, il lui avait semblé apercevoir l'ombre d'un sourire sur la bouche de Mia quand il était parti. Et ses larmes avaient disparu...

PIX --> René Magritte L'homme au chapeau.

# Posté le lundi 04 juin 2007 15:25

Modifié le lundi 04 juin 2007 16:22

(4) Mia by Vi'!

(4) Mia by Vi'!
"Quand on s'indigne, il convient de se demander si l'on est digne."
[Abbé Pierre]



Je me réveille éreintée. C'est toujours crevant de pleurer. Sans parler de l'heure à laquelle je me suis couchée. J'ai l'impression de tout avoir rêvé. Le sentiment surréaliste d'avoir dormi éveillée. C'est moi ou un complet inconnu a débarqué dans mon appartement au beau milieu de la nuit ? C'est moi. Un tel barjot ne peut pas exister.
J'ai le malheur de regarder le réveil et je fais la grimace. Je dois me lever. Une autre journée de rêve commence. Un nouvel ennui. Une nouvelle déprime. De nouvelles larmes. La routine. Ne surtout pas changer l'immuable.
J'enfile en vitesse de quoi être présentable avant un passage éclair dans la salle de bain pour rafraîchir un peu tout ça, j'attrape une poignée de céréales insipides que je picorerai en chemin, je me verse un verre de lait dont la moitié finit à côté, je n'essuie pas parce que j'en ai vraiment rien à foutre, et j'ouvre la porte de l'appartement. Les mêmes gestes chaque matin. Sauf que normalement il n'y a pas de jeune homme brun planté devant moi comme maintenant.
- Aaaaaaaaaaah !, je crie en manquant de peu la crise cardiaque.
Il me regarde en souriant et je reconnais l'homme de cette nuit. Adrian.
- Bonjour à vous. Mia c'est ça ?
Ce type est d'un culot !
- Mais qu'est-ce que vous foutez là ?
- Moi aussi je suis content de vous revoir.
- Qu'est-ce que vous foutez devant chez moi, bordel ?
- Restez polie. C'est aussi devant chez moi.
- Hein ?

Il me désigne la porte d'en face.
- Vous n'avez rien écouté hier ? Je viens d'emménager.
- Et merde.
- Ca fait plaisir d'être aussi bien accueilli.
- Allez voir là-bas si j'y suis.
- Vous n'y êtes pas.
- Sans blague. Partez ou j'appelle la police.
- Pour quel motif ? D'être votre voisin de palier ?
- Dégagez c'est tout.
- Pourquoi ?
- Parce que.
- Ce n'est pas une réponse. Pourquoi ?
- Parce que vous faites chier.
- La vulgarité ne vous va pas. Pourquoi ?
- Parce que vous existez.
- J'aime votre gentillesse. Pourquoi ?
- Parce que je ne peux déjà pas vous supporter.
- J'ai vu ça. Je peux vous tutoyer ?
- Non.
- Tant pis, je le ferais quand même.
- Désespérant.
- Merci.
- De rien c'est gratuit. Je peux passer maintenant ?
- Non. Pendant que j'y suis, tu devrais arrêter de pleurer : c'est mauvais pour le teint.
- Mêlez vous de vos affaires !
- Ah non.
- Pardon ?
- Ca ne va pas être possible. Je me mêle toujours de ce qui ne me regarde pas.
- Et bien vous ne devriez pas.
- Pourquoi ?
- Parce que.
- Pourquoi ?
- Parce qu'... Ah non ça ne va pas recommencer ! Ecoutez, vous devez sûrement aller travailler, alors...
- Pas aujourd'hui. Je commence demain seulement. J'ai tout mon temps...
- Pas moi. Je vous ai assez vu pour la journée.

Etrangement, Adrian se recule à ces mots et me libère le passage.
- Comme tu voudras, dit-il mystérieusement.
Je fronce les sourcils et je passe hautainement devant lui. Je sens son regard dans mon dos, qui me suit jusqu'à ce que j'aie disparu dans la cage d'escaliers.
Et là, furtivement, discrètement, je m'autorise un sourire, qui s'envole aussitôt dans la grisaille matinale, sans que personne ne puisse jamais en témoigner.

PIX --> Magritte Bataille Argone.

# Posté le mercredi 06 juin 2007 15:22